Bilan de l’état des lieux des cies en Lorraine, Champagne-Ardenne et Alsace, journée 1er juin 2015

Un questionnaire a été envoyé à l’ensemble des cies des 3 régions, voici la synthèse du dépouillement des questionnaires

Retour de 25 questionnaires :

Issus de Lorraine : 17 ; Champagne Ardenne : 7 ; Alsace : 1
Dont syndiquées : 6 ; ou non syndiquées : 19
Dont subventionnées : 24 ; non subventionnées : 1
Dont conventionnées de façon triennales (Etat ET/OU Région) : 13 ; ou non : 12 Dont associées à des lieux : 13 ; ou non : 12

Ayant la gestion d’un lieu : 2 ; ou non : 23.

SYNTHESE – ce qui ressort.

> Un plan de licenciement fantôme est à l’œuvre au sein des compagnies ; alors que temps de travail de production et de diffusion augmentent de façon écrasante, les salaires disparaissent. Les baisses de budgets des compagnies s’impactent surtout sur les salaires et l’emploi en CDDU (Contrats à Durée Déterminée renouvelables d’Usage) rend ces disparations d’emploi invisibles.

> Les difficultés de trésorerie augmentent de façon alarmante. Les compagnies mettent en avant pour cause, en premier lieu, le rabotage jusqu’à disparition des marges sur la diffusion. Ce phénomène est encore aggravé par les délais de paiement des théâtres et des institutions. Une augmentation nette des défauts de paiement des lieux est signalée.

> Les problèmes financiers impactent l’activité artistique, en privant les compagnies de moyens de recherche, de leur capacité de réalisation de projets, de leur capacité d’amorçage de nouveaux projets. Ce problème est stratégiquement crucial, les lieux s’engageant de plus en plus tardivement dans le chemin de production des œuvres.

Les logiques d’Appels à projets et de commandes, qui se généralisent, sont pointées du doigt pour leurs effets délétères sur la créativité, la fragmentation du travail et la reconnaissance artistique. Elles sont mal vécues car on passe d’une logique d’accompagnement à de la prestation de service. Elles ne permettent pas de croiser les financements. La création n’est donc plus au centre de la réflexion.

La créativité dans sa globalité est soutenue par les dispositifs triennaux, qui permettent un travail dans le temps, structurant. Lorraine et Champagne Ardenne ont ce type de dispositifs, ainsi que les conventionnements DRAC, mais ces derniers ne sont pas actuellement remis en place quand les anciens disparaissent. Les associations avec les lieux et les nouveaux modes collaborations Lieux/compagnies sont très bénéfiques, tant pour les compagnies que pour les lieux.

> La difficulté croissante de trouver des lieux partenaires et de fidéliser les liens, les fragmentations de coproductions, multiplication des partenariats et diversification des sources de financement, l’accroissement de l’activité administrative demandée par les institutions en amont et en aval des conventions, la pression sur les activités de médiation réclamant un lourd travail de préparation et de suivi ; tout ceci génère un surcroit de travail, dont le financement n’est explicitement pas pris en compte par les partenaires et institutions.

> La fonction première d’une compagnie est de porter les projets d’un ou plusieurs artistes dans l’objectif de produire des spectacles vivants, issus d’une recherche, d’un processus artistique. Les actions de médiation (formations, rencontres, action culturelle et de transmission), sont des missions liées à cette mission 1ère de création. Elles sont perçues comme nécessaires par les artistes. Les lignes « action culturelle » doivent être croisées avec le financement des créations des compagnies.

> La baisse spectaculaire du nombre des représentations affectent l’économie artistique. Les partenaires sont saturés et la qualité des partenariats s’altère. Les mises en réseaux sont aujourd’hui insuffisante pour créer de l’effervescence.

> La fusion des régions est perçue comme une opportunité de s’ouvrir à d’autres territoires. Il s’avère que, pour la Culture, les forces de ces 3 régions réunies sont complémentaires. Dans une vision idéale, cumuler les compétences et les identités de chacune pour doter les compagnies d’aides triennales structurantes, avec une agence efficace (dotée de missions opérationnelles et d’observation) dans la mise en réseau des lieux, et un lieu repéré en Avignon – ceci peut poser les bases d’une grande région qui soit un pôle d’effervescence culturelle et d’échanges artistiques, d’où puissent émerger une invention, une créativité et des compagnies structurées, qui circulent dans les territoires et de là puissent émerger au national, au transfrontalier, et à l’international.

La clarification de la compétence culturelle de cette grande région est cruciale. Le temps de cette fusion doit et peut être celui de la co-construction d’une politique culturelle ambitieuse, dans le cadre du service public. Des éléments simples, efficaces, basées sur les expériences de chacun, peuvent être repris facilement, comme par exemple en Alsace le versement des subventions à hauteur de 90 % avant le projet ou la demande de l’arrêt des montants subventionnables ; ou d’utiliser les réseaux préexistants comme celui de Quint’est ou des Régionales. Mais nous ne pouvons passer à côté de l’opportunité de penser beaucoup plus largement les contours de la grande région que nous allons constituer.

Une énorme inquiétude devant l’incertitude et la mise en place de cette fusion. Ces immenses incertitudes sur la mise en route créent de grandes difficultés d’organisation de la saison 2015/2016, de planification du travail à plus long terme, voire met en danger de disparition des compagnies. Nous soulignons les craintes sur la capacité de paiement des partenaires dans l’année de transition. Les compagnies se situent en bout de chaine, elles sont les structures les plus faibles de cette économie, les plus rapidement touchées et ne bénéficient d’aucune protection. Le risque de disparition d’un certain nombre d’entre elles est réel.

Cette crise est l’occasion de repenser nos pratiques, et on peut noter que les solidarités entre artistes et lieux s’affirment aujourd’hui. Le collectif du 20 janvier 2015 porte une parole commune, ouverte à tous les acteurs de la vie culturelle, artistes, publics, élus et tutelles. Pour poursuivre ce dialogue et ces temps de co-construction, nous demandons la création, en amont de cette fusion, à l’automne 2015, d’une plateforme de rencontres artistiques Alsace-Lorraine- Champagne-Ardenne où tous les maillons de cette réflexion soient représentés.

Pour lire le dépouillement dans sa globalité, c’est ici DépouillementQuestionnairesCies29052015

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