La conscience des élus par Philippe Sidre, juin 2015

Comment faire pour éveiller la conscience de nos élus ? Comment leur faire comprendre ce qu’est fondamentalement la création artistique, ce qu’elle nous apporte, ce qu’elle génère comme développement intellectuel ?

Dans les nouveaux espaces qui sont en train de se construire pour le bien-être de nos concitoyens, nous dit-on, la question artistique est bien absente. Est-elle absente par omission, par désintérêt dans un monde toujours plus économique, par ignorance, ou par crainte d’une pensée diversifiée ?

Quand des élus vont au spectacle, c’est le plus souvent en représentation, comme s’ils n’avaient naïvement pas compris que la représentation avait lieu sur la scène. J’exagère certainement, mais il y a quand même un peu de cela. Heureusement, ils ne sont pas tous comme cela. Il en a qui viennent par plaisir avec leur chère et tendre ou leurs enfants ou les deux. Là, c’est très chouette. En somme, il y a deux catégories… Voir trois, car certain(e)s sont capables de faire les deux. Là, c’est top !

Ah, si les autres se lâchaient un peu ! S’ils profitaient de ce temps au théâtre ou au musée pour apprécier ce qu’ils découvrent, pour plonger dans le noir de la représentation et oublier durant une bonne heure cette saloperie de portable qui les rappelle à leur(s) mandat(s), s’ils se fondaient dans l’essentiel de ce qui ce raconte sur la scène, s’ils souriaient sans arrière pensée à leurs voisins/voisines de gradin pour partager ce moment catharsistique, s’ils rentraient chez eux en pensant qu’ils ont compris plein de choses, que ce qu’ils viennent de voir n’a rien à voir avec les séries TV et les spectacles dans les parcs d’attraction, qu’ils ont vécu un moment unique, que la création et l’éducation artistique sont indispensables dans ce monde brutal si on ne veut pas que cela dérape davantage encore, que, s’ils ne réussissent pas à convaincre leurs collègues, ils vont droit dans le mur.

En pensant à tout cela, je sens comme une porte qui claque et qui me dit. Tu n’as qu’à prendre leur place !

Je me demande comment ce serait. Un peu, toutes proportions gardées, comme nos arrière-grands-parents, à qui l’on reproche de n’avoir rien fait pendant l’occupation nazie, je me demande si je saurais résister au système, à l’appareil politique, au confort ambiant, à des sollicitations incessantes (si, cela je sais faire) et surtout si j’aurais encore assez de marge de manœuvre et d’énergie pour continuer à lutter contre les obscurantismes de tous poils et la culture mainstream.

Non, décidément, je préfère jouer les passeurs et faire partager au plus grand nombre mes découvertes artistiques qui me nourrissent l’esprit jour après jour, qui me font rêver et angoisser, qui m’apporte des instants de plaisir (bonheur ?) quand des spectateurs me glissent en sortant de la représentation « Merci. » avec des yeux émus et complices.

Philippe Sidre, directeur du TGP de Frouard, scène conventionnée pour les arts de la marionnette

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