« …Du poison dans le circuit … »

par Hocine Chabira, cie la chose publique

« Sous prétexte de changement de politique municipale, de crise, de réforme territoriale nous assistons démunis à la baisse des budgets, à l’ annulation de festivals, à la suppression de lieux de création et/ou de diffusion, à l’abandon de projet, à des pressions d’élus sur des programmations, à la censure,à l’ auto-censure… Une fatalité ambiante s’est emparé de tous et l’extrême droite est aux portes du pouvoir. Difficulté de plus en plus forte de réussir à boucler les budgets de productions. On réclame des artistes pour intervenir dans les collèges, les lycées mais on ne leur donne même plus les moyens d’être des artistes, des créateurs. Des artistes dans les établissements scolaires qui ne créent plus ce ne sont plus des artistes mais des éducateurs…

 

 

Incompréhension des élus, méconnaissance des processus de création engendrent des malentendus et des orientations politiques dangereuses pour la démocratie…

Ces derniers temps, pour réussir à diffuser nos créations nous, artistes,  sommes contraints d’adapter nos spectacles, de lisser nos idées, d’être malgré nous dans le consensus. Heureusement les plus courageux d’entre nous résistent encore, défendent souvent seuls leur engagement et le droit à la contradiction mais à quel prix !

A tous les niveaux de notre société des dysfonctionnements existent qui laissent de côté des hommes et des femmes sans avenir, sans culture, sans réflexion, sans espoir…Nous nous sommes tous laissés gagner par la frilosité, le politiquement correct. Sous prétexte d’une France au moral dans les chaussettes, nous avons évité les sujets qui fâchent. Rares sont ceux qui aujourd’hui pointent « ces taches d’opacité dans cette société prétendument transparente et mettent du poison dans le circuit » comme le dit si bien Romeo Castellucci, « poison »  pourtant salutaire et indispensable au fonctionnement de notre démocratie.

Puissions-nous, élu(e)s, programmateurs/trices, artistes, préférer le scandale au consensus, la connaissance à l’ignorance, l’engagement à la tranquillité. Puissions-nous retrouver le courage du débat, du dissensus, de la contradiction si indispensable à notre société, qui s’est construite sur cette magnifique utopie « Liberté, égalité, fraternité » vers laquelle nous devons tendre. Elle est en danger, elle est sans cesse à défendre, à revendiquer, à protéger mais nous y sommes tous attachés. »

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