Lettre ouverte à Philippe Richert – Président de la région Grand Est

Monsieur le Président,
Voilà maintenant un an qu’existe la région Grand Est, un an que vous avez été élu à la tête de cette nouvelle entité territoriale voulue par la réforme de la loi NOTRe. Un peu avant cette élection, en décembre 2015, nous avions interpellé tous les candidats avec une série de questions sur leurs engagements dans la défense d’une politique culturelle tournée vers la création.

Vous nous aviez alors affirmé l’attention que vous porteriez à l’art et la culture dans vos projets de présidence. Vous avez fait suite à notre mobilisation en créant, avec le président de la commission culture Pascal Mangin, un Conseil Consultatif pour élaborer vos dispositifs en bénéficiant de l’expertise pratique des acteurs de terrain. Nous saluons cette initiative et l’intention qu’elle annonce d’ouvrir une part de co-construction dans les politiques que vous menez.
Le collectif du 20 Janvier s’est créé il y a maintenant deux ans*, pour veiller, dans les transformations que la loi NOTRe allait créer, à la non défection des politiques publiques de la culture, qui croisent l’action de l’Etat et des différents échelons de collectivités territoriales. Cette loi place les régions en première ligne de cet équipage dont la multiplicité et la diversité a, jusqu’à ce jour, permis la construction d’un maillage exceptionnel de tous les territoires dans l’idée républicaine de garantir à chacun l’accès aux œuvres de façon équitable tout en promouvant l’indépendance de création et de programmation.

Nous souhaitons aujourd’hui réaffirmer haut et fort le message primordial que portait notre lettre aux candidats de décembre 2015 :
L’art et la culture doivent être considérés comme une chance pour la nouvelle région.
Car aujourd’hui nous sommes inquiets.

Nous sommes inquiets parce qu’en région Grand Est, les collectivités et l’Etat ne se sont toujours pas concertés pour organiser la continuité de l’action publique, alors que les cartes des compétences et des unités de mesures du territoire ont été foncièrement rebattues. Cette concertation doit avoir lieu au sein des Conférences Territoriales de l’Action Publique (CTAP) dont vous avez la présidence.

Nous sommes inquiets parce que la région n’a pas encore éclairci les arbitrages qu’elle devra faire dans l’accompagnement de la création. Elle ne peut, à budget constant (réunion des budgets des trois anciennes régions), étendre sans les dégrader sur tout son territoire les dispositifs sur lesquels les équipes locales fondent un équilibre déjà très précaire. Aujourd’hui le budget a été voté en grandes masses sans indiquer ses déclinaisons. Nous ne pouvons toujours pas discerner un projet qui défende ambitieusement la création et la diffusion d’œuvres nouvelles dans la grande région.

Nous sommes inquiets parce qu’ici et là, de plus en plus, dans le discours de décideurs politiques, la création exigeante est présentée comme élitiste et l’artiste comme un solliciteur dispendieux des deniers publics à qui il reviendrait de justifier, outre la production de ses oeuvres, la raison de son coût. Nous voulons affirmer au contraire que la société a besoin de l’artiste, que celui-ci est une chance pour celle-là. Il appartient aux responsables politiques de garantir à chacun les moyens de cultiver son rapport aux œuvres exigeantes plutôt que d’abaisser l’ambition de celles-ci aux critères du profit industriel. Les femmes et les hommes seraient perdus dans les transformations du monde s’ils n’avaient des images pour s’y projeter, des figures pour les déchiffrer.

L’indépendance de l’artiste et celle du programmateur, articulées ensemble avec la garantie de leurs moyens, constituent des piliers démocratiques indispensables à la cohésion sociale et républicaine.

La création est la partie vivante et mouvante de la culture, celle qui permet de construire les nouveaux modèles de vivre ensemble et de références communes. Dans le mouvement de décentralisation que la loi a influé, il est important que la collectivité régionale assume la place de locomotive qui lui est donnée et prenne des engagements ambitieux, qui ne relèguent pas la création en arrière-plan de l’attractivité territoriale, du patrimoine ou du soutien aux industries culturelles. C’est d’autant plus primordial quand les réformes administratives brassent des territoires et des habitants aux racines et cultures différentes, au risque de leur donner le sentiment de constituer un ensemble technique coupé de visées humaines.
Certains engagements sont primordiaux, ils éclairent le chemin, donnent du courage et de l’espoir. Nous attendons de vous, Monsieur le Président, un certain nombre de réponses à ces réflexions et interpellations.

Nous nous réunissons le 20 Janvier prochain à Metz pour continuer nos travaux collectifs. Nous vous invitons à venir débattre de ces questions avec nous.
Nous vous présentons, Monsieur le Président, nos meilleurs vœux pour cette année 2017, puisse-t-elle être celle de l’écriture d’un projet culturel enthousiasmant et ambitieux pour le développement de la création artistique dans le Grand Est.

Avec nos salutations les plus respectueuses,
Le Collectif du 20 janvier

*Le Collectif du 20 Janvier, regroupe librement depuis le vingt janvier 2015 plus de 700 acteurs de la creation artistique du Grand Est— etablissements, compagnies, artistes et techniciens, missionnes de service public et independants, syndiques et non syndiques, citoyens, toutes disciplines confondues. https://loeildelabaleine.wordpress.com/

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