« …Du poison dans le circuit … »

par Hocine Chabira, cie la chose publique

« Sous prétexte de changement de politique municipale, de crise, de réforme territoriale nous assistons démunis à la baisse des budgets, à l’ annulation de festivals, à la suppression de lieux de création et/ou de diffusion, à l’abandon de projet, à des pressions d’élus sur des programmations, à la censure,à l’ auto-censure… Une fatalité ambiante s’est emparé de tous et l’extrême droite est aux portes du pouvoir. Difficulté de plus en plus forte de réussir à boucler les budgets de productions. On réclame des artistes pour intervenir dans les collèges, les lycées mais on ne leur donne même plus les moyens d’être des artistes, des créateurs. Des artistes dans les établissements scolaires qui ne créent plus ce ne sont plus des artistes mais des éducateurs…

 

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Publicités

Restrictions et visibilité

Depuis que la collectivité a troqué son blason contre un logo[1], l’esprit d’entreprise coule dans ses veines. Et avec lui des objectifs de rentabilité et de compétitivité. On assiste alors à une mutation complète de toute la chaîne : le service public transformé en prestation de service, les publics devenus consommateurs de cultures à fidéliser. Comme toute entreprise, la collectivité doit être visible dans le paysage (aux yeux du corps électoral, de la « concurrence », de la presse…), imposer sa marque, et davantage en temps de crise.

Pour ce faire, elle renforce ses exigences quant à la présence de son logo et de mentions variées sur les supports de communication des structures de création et de diffusion[2], alors même qu’elle abaisse drastiquement ses subventions : « Montrez davantage que je vous soutiens, même si je vous soutiens beaucoup moins ». Le cynisme de la publicité au service des collectivités.

Une telle campagne de marketing, à destination des publics, est fondée sur l’amplification de certaines données (on verse des subventions) et le « muselage » de certaines autres (on baisse ces subventions). En affirmant de la sorte son soutien inconditionnel à la création artistique, la collectivité met en place une propagande qui dément les dires des acteurs du secteur en lutte, en neutralise les actions et en « délégitimise » les revendications, auprès des publics.

Or, si les subventions publiques dédiées aux structures artistiques s’amenuisent, la logique voudrait que la visibilité des collectivités subisse une baisse proportionnelle sur les supports de communication de ces structures. En d’autres termes, affiches, dossiers de diffusion, programmes, flyers ou autres sites internet pourraient devenir le théâtre d’une grève (partielle) des logos.

[1] Lire à ce propos : Annick Lantenois, Le Vertige du Funambule, B42 Editions, 2010.

[2] Lire à ce propos : Malte Martin, La privatisation du regard, 2009, http://www.alliance-francaise-des-designers.org/blog/2009/12/03/Parole-ouverte-La-privatisation-du-regard.html.

par Hugo Roussel, le 09 septembre 2015.

Recherche en économie et engagement? par Christine Sinapi juin 2015

La recherche en économie financière peut se réduire aux choix fondamentaux qui dirigent tout projet : celui de l’objet, celui du cadre théorique et celui du mode de diffusion des résultats. Etre engagé, pour qui décide de conduire des travaux de recherche, relève alors, à mes yeux, de ces trois choix. Ou, à tout le moins, de la volonté d’inclure une forme d’engagement dans ces positionnements épistémologiques, qui pourraient, et sont sans doute souvent, guidés par d’autres motivations : intérêt intellectuel, reconnaissance personnelle, professionnelle, voire pécuniaire…

Premier choix : l’objet de la recherche. Toute question de recherche relève généralement d’une justification ancrée dans son intérêt théorique : faire avancer la connaissance, à partir d’une démarche nouvelle, sur une question ignorée ou insuffisamment documentée, tester une démonstration originale. Mais le choix de l’objet s’inscrit également dans l’objectif que l’on attribue à l’économie. N’est-ce pas, avant tout, un instrument au service de la cité, de ses objectifs politiques, sociaux? Les questionnements ne devraient-ils pas alors être avant tout dictés par les enjeux humains dans lesquels ils s’inscrivent? Ainsi, le contexte présent voit refleurir les travaux consacrés aux crises financières, ayant « logiquement » pour objet principal les marchés occidentaux. Choisir de travailler sur les économies émergentes d’Amérique latine, d’Asie ou d’Afrique paraît alors inapproprié et nécessite de se justifier.

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« La maison ça m’a pas plu » contribution de Gaël Leveugle, juillet 2015

« La maison ça m’a pas plu. Je vous le dit de go. Pour moi, ça ne représente pas… ça ne représente pas ce qu’est du théâtre en période de fêtes. Je veux bien qu’on s’adresse à des enfants de plus de 6 ans. Je veux bien. Mais ce que j’ai vu c’est pas ça. Alors on a le droit de présenter … et vous avez la possibilité de faire les ouvertures que vous voulez… Mais moi qui est le maire de cette ville je vous demande de faire attention. Je veux qu’on ait un spectacle populaire, accessible, compréhensible par tous. Et j’ai pas trouvé. En tout cas, [passage incompréhensible sur la bande audio, NDLR] c’est une première, pour l’ouverture d’aujourd’hui. Mais n’empêche que le ton doit être donné dans cette direction là. C’est les consignes que je donne. Je vous souhaite en tout cas de bonnes fêtes de Noël. »

Ludovic Jolivet, maire de Quimper, discours à l’ouverture du festival Théâtre à tout âge, Quimper, 13 décembre 2014.

Deleuze disait que l’information consistait en des mots d’ordre. Il y a des mots carrefours qui jalonnent nos causeries collectives (médiatiques) et les envolées tribuniciennes. Ils signent leur époque et finissent par tenir lieu d’arbres remarquables, de repères sur les cartes d’état major de la pensée commune. En ce moment, pour ce qui concerne les politiques culturelles, les mots d’élitisme et de citoyenneté sont de ceux-là. Plus largement, le mot de décomplexion se promène un peu partout sur les sentiers de la chose commune.

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ENFANTER LE MONDE par Odile Massé (4L12)

On a quinze ans, on lit Rimbaud, on veut parcourir le monde, on lit Artaud, on lit Euripide, les Surréalistes, Dada, on se dit que la poésie peut changer le monde, on rêve de justice, on rêve d’utopie et on pleure sur les désastres du monde, on tremble devant des acteurs, on rêve le monde et on lit Shakespeare, on lit Beckett, on rit avec les Marx, avec aussi Keaton, on pense que le théâtre peut inventer le monde, on découvre Grotowski, on rencontre sa méthode, on part en Afrique, on pense que le théâtre c’est le monde, on rencontre Jean-Marie Serreau, on croise Jean Rouch, Aimé Césaire, Wole Soyinka, on pense que le théâtre peut changer le monde, on fonde une troupe, une troupe qui ressemble au monde tel qu’on le désire, une compagnie pour partager les rêves et partager le pain, et on regarde le monde avec les yeux de la troupe qui chaque jour crée le monde dans l’imaginaire du théâtre

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